jeudi 1 avril 2010

système agroforestier

L'agroforesterie est un des mouvements d'agriculture alternative - c'est-à-dire non conventionnelle - qui se développent au Brésil, aux côtés de la permaculture, de l'agriculture biodynamique, entre quantité d'autres.

Ceci est une présentation des systèmes agroforestiers tels que nous les avons découverts et pratiqués pendant un atelier dédié à ce sujet, en février 2010.

Les sytèmes agroflorestiers (SAFs) sont un mélange d'exploitation agricole et de reforestation. Concrètement, il s'agit de planter et cultiver en imitant la nature, et plus précisément, les écosystèmes forestiers : ces écosystèmes sont en effet plus stables, plus harmonieux, plus productifs, et ils ont des impacts positifs sur l'environnement (qualité des sols, eau, biodiversité végétale et animale,etc), à l'inverse des systèmes perturbés créés par la monoculture, ou les cultures reposant sur un nombre limité de variétés.

L'idée c'est de considérer le terrain que l'on choisi non plus comme un espace vierge où l'on va pouvoir produire, puis re-produire, puis produire encore, en brûlant, bêchant, retournant, re-virginisant la terre après chaque récolte, mais comme un terrain dégradé où l'on souhaite faire renaître une forêt. On privilégie bien sûr les espèces natives, endogènes à l'écosystème, mais ce n'est pas radical, et on peut accroître le patrimoine biologique d'espèces venant d'autres régions, d'autres écosystèmes, si celles-ci apportent un plus à la récupération de la terre, des sols, de l'eau, etc ou qu'elles présentent des qualités nutritionnelles et/ou économiques;

L'autre principe, c'est de récuser la loi de la concurrence des espèces : on appuie au contraire sur la collaboration, l'harmonie, l'aide mutuelle entre les espèces, entre les plantes, entre le végétal et l'animal, etc.

Enfin, troisième base, on bouleverse notre notion du temps et du cycle agricole. Plus question de penser en seuls termes d'année et de saisons. On s'insère dans le cycle temporel de la forêt. Il y a donc des espèces saisonnières, des espèces annuelles, des espèces qui ne "donnent" qu'au bout de deux ou trois ans, les fruitiers entres 5 et 10 ans, et en bout de ligne, les grands arbres à durée de vie supérieure à 30 ans, 50 ans dans certains cas. (Parenthèse au passage : le temps agricole est sacrément différent ici et le temps de la forêt aussi... chaleur, humidité, tout donne, tout pousse, et ce à une vitesse impressionnante). Ainsi, les espèces qui poussent plus vite préparent la terre, la "décompactent", grandissent en offrant leur ombre aux plus fragiles, puis en fin de vie rendent à la terre feuilles, tiges, etc, qui vont servir d'engrais naturel, de protection contre les intempéries.

C'est pourquoi, quatrième principe, lors de l'entretien, lorsqu'on coupe, arrache, éclaircit, on laisse idéalement le fruit de la coupe sur place, débité en morceaux, afin de ne jamais laisser la terre à nu, afin de laisser composter sur place, pour nourrir et protéger les suivants. (Cette recommandation diffère probablement selon les latitudes et les climats, fonction du temps et de la qualité de la décomposition en plein air.)


Alors plutôt que de planter des lignes de tomates, des rangées de maĩs, des files de haricots, des ribambelles d'arbres fruitiers, bref, des paysages rayés... On plante tout ce qu'on veut, comme on veut, le plus diversement possible ! Bon, pour se donner un cadre, on peut par exemple planter les aromates et plantes potagères autour de chaque pied de futur arbre. On peut aussi planter entre les arbres des plantes à croissance un peu plus lente que les potagères : petits arbres, etc. Tout le temps que pousse la forêt, on replante des espèces saisonnières ou annuelles, en fonction du degré d'ombrage, etc. Vous me direz, certes, mais au bout d'un moment on a une forêt nouvelle, tant mieux, mais il ne pousse plus rien de mangeable en quantité suffisante pour satisfaire les besoins de la famille. (moi je me suis dit ça, en tout cas). Eh bien c'est tout à fait juste. Sauf que quand ce moment arrivera, vous pouvez être sûr que 1- il restera quantité d'autres terrains dégradés où vous pouvez recommencer le processus, 2- vous aurez toujours la possibilité d'éclaircir un peu dans votre forêt, de créer une clairière cultivable.

Vous me direz aussi : tout planter n'importe comment, c'est le meilleur moyen que rien ne pousse. Certes. Et c'est justement en essayant, en observant, en entretenant et en écoutant ce qu'il se passe que l'on apprendra à planter plus tard les bonnes plantes aux bons endroits. D'abord observer l'état de la terre qu'on veut "récupérer", en déduire de quoi et de qui elle a besoin. Observer les "alliances" de plantes, celles qui marchent bien ensemble, etc.

Bon, je fais mes premiers pas dans les SAFs en milieu subtropical... il va falloir un peu de recherche et de boulot pour voir ce que ça peut donner en milieu tempéré...

Il y a des pratiquants de l'agroforesterie ardents défenseurs de l'expérimentation : on plante 100 graines du même arbre pour voir où il y en a un qui daigne pousser. S'il pousse, c'est que c'était le bon moment, au bon endroit. Pour les plus cartésiens, on peut aussi se renseigner, et préparer le terrain. Le tout lorsque l'on plante puis lorsque l'on entretient son agroforêt, c'est de savoir écouter et discuter avec elle et ses éléments !

Au-delà de la simple préoccupation environnementale de faire renaître des forêts pour absorber nos excédents de carbone, ces systèmes ont de véritables avantages sociaux, en tout premier lieu la fin de la dépendance des petits paysans au système de la monoculture ou des cultures pour les marchés nationaux et internationaux : plutôt que de ne planter que du cacao d'exportation, et de dépendre des cours de ce dernier, plutôt que de ne compter que sur les récoltes de feijão, de maĩs ou de bananes pour pouvoir acheter de quoi remplir les assiettes de la maisonnée, on valorise ici un système de production familiale ou communautaire qui assure une certaine indépendance vis-à-vis des marchés. Et au-delà de la nourriture basique, la diversité alimentaire est aussi un facteur important pour la santé. En second lieu, ces systèmes agroforestiers, qui se fondent sur la connaissance du terrain, l'étude des sols et des plantes, de la nature en général, donnent toute leur valeur aux connaissances traditionnelles et paysannes, tout en apportant de solides connaissances scientifiques. On revalorise donc le travail et la place sociale de l'agriculteur. Enfin, et ça plait aux révolutionnaires, il s'agit également d'une libération sociale : fini le travail ingrat de l'agriculteur courbé à longueur d'années et de saison sur sa bêche sous le soleil brûlant dans l'espoir de ramasser quelques sacs d'oignons : dans une agroforêt brésilienne, on travaille plus à la machette qu'à la bêche, et on réalise des travaux plus gratifiants, agréables, valorisés... Et puis, dans la philosophie agroforestière, on valorise le travail de groupe, les chantiers participatifs, le "mutirão". On échange une vie de dur labeur individualisé pour le travail partagé, et une vie de promenades attentives, certes travailleuses mais bucoliques. Et les enfants des plus alternatifs qui y grandissent ont la chance de faire l'école dans les buissons, le cours de bio dans le jardin, le cours de chimie dans la cuisine, et en définitive, de ne pas avoir à résoudre le récurrent problème de Pauline allant au marché avec douze œufs dans son panier - combien de salades peut-elle acheter. (Je vous renvoie aux expériences d'éducation environnementale, d'alphabétisation écologique, et autres systèmes d'éducation alternative).

Je suis allée un peu faire le tour des liens et sites francophones sur l'agroforesterie,.Il existe en fait quantité de manières de définir l'agroforesterie, certaines beaucoup plus conventionnelles que mon petit papier ne le laisse entendre... Est par exemple proposé comme exemple d'agroforesterie ce modèle (je ne sais plus sur quel site) : une ligne d'arbres, une tranchée de blé, une ligne d'arbre, une tranchée de blé.... en étudiant bien entre chaque ligne la largeur de tranchée de blé nécessaire au passage de la moissonneuse-batteuse.... Franchement, ça me fait beaucoup moins rêver.



4 commentaires:

Anonymous Oliveira do Poulain a dit...

super la grenouille! merci pour cette fenêtre ouverte sur la forêt alternative. et bien vu aussi pour le lien à l'éducation, tu sais comment nous parler toi, hein!
vivement que tu reviennes pour faire vivre ces rêves-là!
gros beijos et à bientôt

2 avril 2010 à 16:43

 
Anonymous moilamain a dit...

Bonjour

Je souhaite apporter une précision : l'agroforesterie est une technique agricole qui peut être utilisée en permaculture, et la permaculture n'est pas une technique agricole mais une méthode de conception qui vise à créer des environnements humains stables et permanents. Et pour cela, comme pour l'agroforesterie, la permaculture se base sur l'observation des écosystèmes existants, leur compréhension et leur reproduction.
Quelle chance de voir une forêt comestible du Brésil, ça doit être magnifique !

3 avril 2010 à 04:45

 
Anonymous B. a dit...

Il y avait de belles lignes sur ce sujet dans 1491 - en gros, en quoi les petits blancs n'arrivaient pas à vivre durablement dans la forêt... vivre durablement tout court?

3 avril 2010 à 05:50

 
Anonymous BACHEVILLIER a dit...

Bonjour

Je viens de prendre connaissance de votre article et je me réjouis que vous souteniez ces démarches. En ce qui concerne l'agroforesterie dans le contexte Français je me permet de vous préciser que cette technique est également ancestrale; Elle a certe été mise de coté dans le contexte productiviste de l'après guerre mais depuis 1990, de très nombreuses recherches ont été développées; en particulier par l'INRA. Notre soucis principal est d'adapter l'agroforesterie aux techniques modernes...Les gains environnementaux, paysagers, economiques sont réels et je vous invite a consulter notre site: (agroforesterie.fr)qui vous donnera tous les éléments concernant cette pratique.yVES bachevillier, président de l'association Française d'Agroforesterie

27 avril 2010 à 04:18

 

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